Agenda ironique d’Avril !

Extraits du journal de Sacha Slamani 

Vendredi 16 Mai 2014, 20h :

Intriguant message reçu de Guillermo, sans explication : “RDV à 23h à St-Michel, mets des bottes en caoutchouc.”

Il est gentil, mais j’ai pas de bottes moi !

Dimanche 18 Mai 2014, 11h45 :

Un jour, son inconsciencitude nous tuera ou nous mènera en prison …

Cher journal, tu comprendras pourquoi je t’ai délaissé hier, quand je t’aurai fait le récit des « événements ».

Il était à la sortie du métro, un sac de rando sur le dos, des bottes aux pieds. Je lui ai dit que je n’avais pas de bottes, il m’a répondu « pas grave », puis il a enchaîné, plein d’enthousiasmitude. « J’ai une surprise pour toi, tu verras, ça va être génial, suis-moi. » Toute sa blablatitude rhétorique de charmeur déployée pour me convaincre, accompagnée du regard qui va avec. Je suis tombée dans le panneau …

On s’est retrouvé sur les quais. Avec un grand sourire, il a sorti de son sac un canot pneumatique plié, vert fluo à motifs de canards. J’ai cru à une blague loufoque de plus, du genre larguer le canot sur la Seine, à cause des canards, du fluo …

Il m’a traînée un peu plus loin, dans un renfoncement près du pont, juste à côté d’une porte d’une métallique taguée. Il a tiré une clé de sa poche, m’a fait signe de me taire, et ouvert la porte, m’invitant à entrer la première. Noircitude totale, j’y voyais que dalle, je l’ai entendu refermer la porte derrière nous. Ça puait dans le coin, relents d’urine sous le pont et quelque chose d’autre … Il a allumé une lampe torche et refermé la porte à clé. Devant nous, à quelques mètres, un escalier descendait dans l’obscurité.

Après ce qui m’a semblé être des milliers de marches, arrivée dans une salle bétonnée, j’ai vu les panneaux et j’ai compris. On était dans les égouts de Paris. Pas étonnant que ça schlingue ! Les Catacombes m’auraient ravie, mais là c’était pousser un peu loin la plaisanterie. En toute tranquilitude, il s’est mis à gonfler le canot avec une petite pompe sortie de son sac. Prévoyant le garçon, c’était déjà ça … Dans quoi je m’étais encore embarquée ? Probabilitude de tomber amoureuse du mec le plus taré d’une ville comptant dix millions d’habitants ? Il m’a entraînée dans un couloir, on entendait de l’eau se rapprocher, ou plutôt nous nous en rapprochions, c’était bien ce que je craignais …

Il a mis le canot à flot, le retenant d’une main, il avait songé aux « rames » : des raquettes de ping-pong. Ne voulant pas être celle qui se débine, je suis montée à bord. J’ai songé qu’en cas de renversement de l’embarcation, ma maigritude me rendrait le service de flotter naturellement. Puis, j’ai eu un doute quand il est monté. Nous ne faisions pas du tout le même poids, niveau équilibritude, on était mal. Il nous a repoussé du bord, et il a laissé le courant – léger à cet endroit – nous entraîner.

Il regardait les voûtes glauques, puantes et suintantes avec sa relaxitude habituelle, comme on regarde les étoiles. J’ai entendu le métro gronder au-dessus de nos têtes, juste au-dessus. Là, j’ai pensé que, entre les égouts, le métro, les catacombes et les anciennes carrières, cette ville était d’une gruyèritude inquiétante. Il m’a dit « on est sous l’Opéra », tout à l’heure j’avais lu sur les murs « Traversée de la Seine » et plus loin « Avenue des Champs Elysées », lettres rouges sur fonds blancs moisis. Une autre vision de Paris. Lançons la visite en bateau canard sur les égouts de Paris, on tient un truc là ! J’ai fini par éclater de rire, cette situation était d’une absurditude totale.

Après … Après, une canalisation latérale, en se déversant avec force dans le tunnel principal sur lequel nous naviguions, nous a éclaboussé d’immonditudes. Un moment de détresse d’une extrême raritude,auquel je préfère ne pas repenser. Ce coup-là, on y a eu le droit à quatre reprises … Sans commentaire.

Son plan de dingue, c’était de ressortir par un déversoir à orage, près de la station de pompage de Clichy. Je ne croyais pas à son plan, pas une seule seconde. Faudrait déjà qu’on ne se perde pas, ou qu’on ne noie pas dans ce qui nous entourait, en passant sous l’équivalent des chute du Niagara de l’excrémentiel, au prochain tunnel qui déboucherait sur nous, par exemple ! Il m’a juré avoir soigneusement étudié le plan des égouts … ouf, j’étais rassurée !

Finalement on a atteint le déversoir, mais vas remonter la pente gluante d’un déversoir à orage. J’ai glissé, plusieurs fois, obligée de me rattraper sur les mains … Visqueux, avec un effet ventouse des plus désagréable. Quant à l’odeur, j’avais définitivement perdu mon odorat dans les tunnels en bas. Enfin, je voyais la lumière arriver, lui s’était déjà extirpé du déversoir. J’ai serré la main qu’il me tendait, le plus fort possible, quand bien même je le détestais, j’avais besoin de lui là. Besoin d’emprunter sa force et d’utiliser ses pieds bien campés sur le plancher des vaches plutôt que dans une mousse douteuse, en état de décompositude avancée. Et puis que ses mains aussi soient dégueulasses, après tout c’était justice. Il m’a hissée, j’ai enfin pu voir l’horizon.

Visiblement on était bel et bien à Clichy, il avait raison, je reconnaissais les alentours. On s’en était sortis, et on ressemblait à deux rats dégoulinant de dégoutitudes avariées.On s’est jeté dans la première fontaine qu’on a rencontré pour se « rincer », puis dans une autre et ainsi de suite, jusqu’à chez moi …

J’y peux rien, ça fait dix ans que j’ai une tendritude à la con pour lui, je dois aussi être un peu cinglée …

Un grand merci à Martine qui nous a lancé sur le sujet du mois, que vous pouvez retrouver ici : Agenda ironique : Êtes-vous prêts à appareiller ?

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11 réflexions au sujet de « Agenda ironique d’Avril ! »

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